Le numérique : langage contre langage
Salomé Frémineur
Le numérique apparaît constitué comme un événement langagier. D’une part, les transformations éprouvées dans la quotidienneté sont liées au fait que nos interactions sont médiées, de manière grandissante, par les technologies qu’on appelle de l’information et de la communication. Mais d’autre part, au stade le plus matériel, le numérique est bâti sur une structure langagière, et plus précisément une écriture. En effet, concrètement, tout ordinateur est programmé par différentes couches de «?langages?» écrits : c’est le fait d’écrire dans un ensemble de symboles limités, c’est-à-dire un alphabet (en l’occurrence, binaire), qui permet que l’on programme une machine. Numériser un contenu revient alors à le ramener à une écriture alphabétique.
Le paradoxe qui se dessine à partir de cette situation est le fait que le langage apparaît à la fois comme ce qui se prête le mieux à ce codage – par l’écriture alphabétique – et ce qui est le plus mis en danger par l’événement numérique. Le langage s’y trouverait appauvri, remplacé par des images ou des likes, ou même écarté au profit d’un langage technique réduit et machinal où ne persisterait rien du «?langage humain?» dans son équivocité et sa complexité, où le signe serait remplacé par le signal.
Le numérique s’affirme comme une affaire de langage qui opère contre le langage. Cette intervention sera l’occasion de se pencher sur ce paradoxe. Pour cela, nous serons amenés à nuancer ce diagnostic de déclin en rendant visible comment une multiplicité d’opérations techniques apparaissent converger vers cette grande opération de standardisation, en restituant du même coup à ces médiations leur diversité et leur épaisseur.
Le paradoxe qui se dessine à partir de cette situation est le fait que le langage apparaît à la fois comme ce qui se prête le mieux à ce codage – par l’écriture alphabétique – et ce qui est le plus mis en danger par l’événement numérique. Le langage s’y trouverait appauvri, remplacé par des images ou des likes, ou même écarté au profit d’un langage technique réduit et machinal où ne persisterait rien du «?langage humain?» dans son équivocité et sa complexité, où le signe serait remplacé par le signal.
Le numérique s’affirme comme une affaire de langage qui opère contre le langage. Cette intervention sera l’occasion de se pencher sur ce paradoxe. Pour cela, nous serons amenés à nuancer ce diagnostic de déclin en rendant visible comment une multiplicité d’opérations techniques apparaissent converger vers cette grande opération de standardisation, en restituant du même coup à ces médiations leur diversité et leur épaisseur.
- Manifestation
- Le champ du signe (2021)







